carrière Archives - Joannie Therrien

Archives de catégorie pour \ " carrière "

Pourquoi les photographes sont-ils méchants entre eux?

Pourquoi les photographes sont-ils si chers, méchants et arrogants?

Pouvez-vous croire que ce sont les questions les plus posées à Google dans la catégorie des comportements des photographes? N'est-ce pas inquiétant, même triste?

Sans vouloir généraliser, la question est légitime. Ça nous est tous déjà arrivé. On pose une question sur un forum ou un groupe Facebook, seulement pour faire face à l'indifférence, les moqueries ou les critiques abrasives.

Vous avez probablement aussi croisé des photographes réticents à partager leur savoir par peur de je ne sais quoi. Ou au contraire, vous avez eu à gérer les critiques non sollicitées de photographes un peu trop «confiants», surtout sur le web.

Quoi qu'il en soit, le milieu artistique n'est pas immunisé contre ce genre de comportement. Attention, je ne dis pas que la majorité des artistes sont de vraies matantes frustrées. En vérité, je connais énormément de photographes très généreux et positifs.

Mais aujourd'hui, on se parle du côté moins rose de notre belle passion. On va se dire les vraies affaires : il est temps que ça change. Mais avant de faire changer les comportements désagréables pour le mieux, il serait bon de faire un peu d'introspection.

Peut-être aussi que de chercher à comprendre certains agissements va amener une bonne dose d'empathie à la photographie.

Prêts? C'est parti!

Communauté vs compétition : pourquoi les photographes sont-ils compétitifs?

Je l'ai vécu, et j'en ai aussi été témoin. Certains d'entre nous, à certains moments, deviennent des loups solitaires.

Pourquoi?

Peut-être par une peur irrationnelle de se faire «voler» des clients, des idées, des techniques. Par peur d'être surpassés, oubliés. Que tous nos efforts ne servent qu'à profiter à d'autres.

Après tout, tellement de travail et de sacrifices doivent être faits pour réussir...

Élisabeth Gilbert, auteure du livre comme par magie (que vous devez absolument lire!),  parle de ce sentiment qui afflige les artistes d'une très belle façon: 

"...Les gens font régulièrement des conclusions odieuses comme celle-là. Ils se convainquent qu'ils ont été volés, alors qu'en réalité, il n'en est rien. Cet état d'esprit découle d'une malheureuse fixation sur l'idée de rareté, l'idée que la pénurie règne dans le monde et que rien n'existe en quantité suffisante pour tous".

Et c'est rempli de sens. La photographie n'est pas un jeu à somme nulle. Si un autre photographe gagne, cela ne signifie pas forcément que vous perdez quelque chose.

Alors, comment se libérer de cet état d'esprit? Comment éviter la solitude?

La clé est de simplement considérer les autres photographes comme des amis. Des gens avec qui partager votre passion. Des gens qui peuvent vous encourager, vous aider à devenir constamment meilleurs et à vous développer, autant que comprendre vos difficultés. Non seulement vous aurez beaucoup de plaisir, mais vous apprendrez ainsi beaucoup plus vite! Ce qui m'amène au prochain point...

Pourquoi les mauvais photographes croient-ils qu'ils sont bons?

Ouf. Je sais. Le titre de ce paragraphe n'augure rien de bon. Mais attendez un peu!

En fait, je veux parler d'un phénomène très fréquent qui peut être un obstacle au développement de vos habiletés.

Ce phénomène, c'est l'effet Dunning-Krueger. Pour vous l'expliquer, je vais vous raconter une petite histoire.

Le bandit le plus stupide du monde...

En 1996, un type du nom de McArthur Wheeler a décidé de se lancer dans un petit projet. Son projet? Voler deux banques.

Sachant que le jus de citron pouvait servir d'encre invisible, il s'est dit qu'il n'avait qu'à se couvrir le visage de cette potion, pour éviter d'être reconnu par les caméras de surveillance. Il serait, lui aussi, «invisible».

Sans vouloir gâcher le «punch», vous savez comme moi qu'il n'a pas fini sa quête avec un crime parfait et beaucoup d'argent... Il s'est plutôt retrouvé en prison, devenant assez vite, aux yeux de tous, le bandit le plus idiot du monde. Ouf... brutal comme leçon d'humilité!

Pourquoi sommes-nous mauvais pour juger de nos habiletés?

L'histoire de McArthur Wheeler a inspiré David Dunning, professeur de psychologie à Cornell, et Justin Krueger, un de ses élèves, pour un projet de recherche. Après plusieurs tests (vous pouvez en savoir plus ici) les résultats sont éloquents : moins vous en savez sur un sujet, plus vous surestimez vos habiletés!

C'est logique. Si vous ne connaissez pas tout ce qu'il y a à connaître, comment pouvez-vous savoir qu'il vous manque certaines notions?  À l'opposé, les plus connaissants souffrent souvent du syndrome de l'imposteur. Sachant ce qui leur manque comme habiletés, ils sous-estiment souvent leurs connaissances.

Comment éviter de tomber dans le panneau de l'effet Dunning-Krueger?

Le fait de se faire prendre au jeu de l'effet Dunning-Krueger n'est pas forcément une mauvaise chose. En fait, c'est souvent grâce à cela que nous avons ce boost de confiance qui nous encourage à entreprendre de nouvelles activités.

C'est lorsque nous tentons de progresser que cela peut être plus nuisible. Alors, comment faire pour éviter l'impasse?

La première solution se trouve dans le point précédent. Entourez-vous d'autres photographes de différentes habiletés au lieu d'évoluer en solitaire.

Puis, restez ouvert aux critiques. Je ne dis pas de prendre au sérieux tous les trolls du web qui laisseront inévitablement leur marque sur vos photos. Mais, tentez de ne pas trop vous offenser des critiques. Questionnez-vous à savoir s'il y avait ne serait-ce qu'un brin de vérité dans les commentaires. Vous serez surpris de l'évolution que vous ferez.

Enfin, ne vous attachez pas trop à vos réussites. Vous avez fait de belles photos? Super! Maintenant, essayez de faire mieux! Si vous croyez que vos photos d'il y a trois ans sont encore vos meilleures, il serait temps de passer à autre chose.

Les photographes et l'envie : pourquoi les photographes sont-ils jaloux?

On veut tous que nos amis photographes réussissent, qu'ils soient heureux... ou le veut-on vraiment?

Ça nous est tous arrivé. On voit les succès d'un ou une collègue, et on ne peut s'empêcher de sentir une pointe d'envie.

Peut-être qu'il a été publié dans un magazine. Peut-être qu'elle a eu la chance de couvrir un événement grandiose. Peut-être qu'il a eu une visibilité exceptionnelle grâce à un concours ou une exposition.

Qu'importe la raison, l'envie entre artistes est fréquente, et normale. Elle peut être saine, comme elle peut vous tourmenter...énormément.

Pourquoi être jaloux d'un ami?

La raison pourrait vous surprendre! En fait, c'est précisément parce qu'ils sont vos amis que vous êtes jaloux! Quoi? Eh oui!

La psychothérapeute Diana C. Pitaru l'explique très bien dans son article au sujet de la jalousie entre artistes. Avez-vous déjà été jaloux d'un photographe célèbre? Bien sûr que non! Pourquoi? Pensez-y. Vous savez pertinemment que ce photographe célèbre l'est pour une raison. Il a plus de talent que vous, plus d'expérience, un meilleur réseau de contacts, de meilleures opportunités, etc. Bref, il est facile de vous justifier de façon rationnelle qu'il a plus de succès.

Mais qu'en est-il de votre camarade du club de photo? Vous avez à peu près le même talent, vous avez les mêmes opportunités, vous participez aux mêmes concours. C'est donc beaucoup plus difficile de ne pas vous comparer, de vous expliquer à vous même pourquoi il gagne et pas vous.

Ce que la jalousie nous apprend, ou comment l'utiliser à bon escient

Mais alors, comment ne pas tomber dans le piège? Comment éviter de se rendre vert de jalousie?

La bonne nouvelle, c'est que l'envie peut être un signal qui vous pousse à vous dépasser! Demandez-vous sérieusement ce que vous auriez pu faire mieux, questionnez-vous à savoir ce qui vous rend inquiet. Vous apprendrez énormément sur vous même pour devenir un meilleur photographe!

Un bon photographe ne dévoile jamais ses secrets?

Dans toutes les industries, il y a des secrets. Des secrets de fabrication, de techniques, de fournisseurs. Et c'est parfaitement normal. Après tout, ces secrets sont souvent ce qui permet à une entreprise de se différencier de la compétition, et la photographie ne fait pas exception à la règle.

Chaque photographe a une approche qui lui est propre en ce qui a trait au partage de son savoir. Certaines connaissances peuvent prendre des années à acquérir. Certaines associations avec des fournisseurs peuvent être le fruit d'une recherche qui a duré parfois pendant des mois. Certaines techniques peuvent prendre une éternité à parfaire, après avoir dépensé des centaines, voir milliers de dollars en formations.

Ainsi, je comprends que certains photographes ne soient pas prêts à livrer toutes leurs connaissances à quiconque veut sur un plateau d'argent. Après tout, il faut des efforts considérables pour arriver à développer son style.

Ceci étant dit, ce n'est pas parce que je partage comment retoucher une image que ceux qui regardent copieront mon style de A à Z. Considérant que les goûts sont extrêmement subjectifs, les gens utiliseront probablement les techniques à leur façon.

Bref, à mon avis, les photographes qui ne souhaitent pas partager leurs moindres secrets sont en droit de ne pas le faire. Par contre, je crois aussi qu'il faut laisser place à un échange, un partage.

Sans tout dévoiler les moindres détails de chaque procédé, en expliquer les bases ne fera de mal à personne.

L'importance d'encourager la relève : grandir dans le respect mutuel

«Les petits nouveaux nous envahissent, font tout gratuit et volent nos jobs! »

«Tiens, voilà une nouvelle vague de faux-tographes!»

«Bon, encore des questions niaiseuses...y'a google pour ça!».

J'exagère un peu, mais j'ai entendu diverses variantes de ces affirmations de la part de photographes expérimentés un peu trop souvent. Sérieusement. J'ai même eu des messages sur ma page Facebook comme quoi le fait de bloguer et d'aider la relève était quelque chose de mauvais. Are you serious?

Je sais que certains d'entre vous ne seront pas d'accord. Mais pourquoi ne pas juste aider ceux qui posent des questions au meilleur de nos connaissances, dans le respect? Et quand je dis dans le respect, cela veut dire avec tact et gentillesse, sans moqueries déguisées ou spectacles de connaissances bourrés de termes incompréhensibles.

Pourquoi ne pas voir les questions des photographes de la relève comme une opportunité de rester humble? De se rappeler comment tout a commencé? Après tout, on a tous été débutants à un moment ou un autre. Et en passant, on est tous le débutant de quelqu'un. Sauf si on s'appelle Annie Leibovitz, mais ça, c'est une autre histoire.

Pour ma part, je m'épanouis beaucoup plus depuis que je fais de la photo avec des photographes en apprentissage. Leur émerveillement et leur créativité exempts de dogmes dépeint sur moi et m'inspire!

Ceci étant dit, je dois quand même faire mention du fait que les photographes professionnels sont très occupés. Gérer une entreprise demande temps, efforts et sacrifices.

Si vous écrivez à un photographe pour pose une question, assurez-vous d'avoir fait un minimum de recherche au préalable. Si, après vos recherches initiales, vous ne trouvez rien, n'hésitez pas à demander de l'aide. Mais, faites-le de façon concise, et remerciez la personne qui vous aidera. Elle l'appréciera énormément et sera plus encouragée de vous aider dans le futur.

Bref, le respect sera toujours le meilleur chemin à prendre, et ce, dans les deux sens!

Conclusion

Les photographes sont-ils vraiment méchants entre eux?

Peu importe ce qu'on en dit, je ne crois pas que les photographes soient foncièrement méchants et mal intentionnés.

En fait, à la vitesse où le monde de la photo évolue, il est normal de se sentir dépassé, envahi par des insécurités. Nous sommes tous découragés et vulnérables à un moment ou à un autre. Tous.

D'où l'importance, à mon sens, de s'unir au lieu de se détruire. De se rappeler que nos photos ne sont pas un indicateur de notre valeur en tant qu'humain. Qu'une critique n'a, au fond, rien de personnel.

Mais bon, c'est bien beau tout cela, mais je vous comprends de ne pas nécessairement avoir envie de tenir tout le monde par la main en chantant Kumbaya.

Alors je vais conclure en disant ceci : n'arrêtez jamais de vous amuser en photo! Créez! Soyez fiers!

Être un artiste sera toujours merveilleux!

Et vous, qu'en pensez-vous? Les photographes sont-ils méchants entre eux? Laissez-moi vos impressions en commentaires!


à propos de moi

Trois ans après la fin de mes études en photo, je suis toujours aussi passionnée. J’ai pratiqué la photographie dans de nombreux créneaux, du portrait à l’événementiel en passant par l’immobilier, la mode, le mariage, les bals de finissants et la photographie scolaire. J’ai été publiée sur des sites d’actualité musicale, en plus de photographier pour des catalogues de vêtements, de faire vendre des maisons, de travailler dans un studio de portrait et de photographier les élèves du primaire et du secondaire dans tout le Québec. Maintenant, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre, afin que la photographie devienne accessible à tous et qu’elle vous fasse sentir aussi vivant que moi! 

Faire plus de projets personnels, s’amuser plus et vivre de la photo!

Avez-vous déjà voulu faire plus de projets personnels sans arriver à les intégrer à votre emploi du temps chargé? Avez vous déjà rêvé d'organiser une exposition de vos plus belles oeuvres, mais abandonné l'idée? Avez-vous déjà voulu vous éclater avec d'autres professionnels, mais vous ne saviez pas comment les approcher? Vous êtes-vous déjà demandé comment faire la transition entre votre emploi et vivre de la photo?

Peu importe les questions qui vous touchent parmi celles-ci, je vous promets que vous allez adorer cet article!

L'article d'aujourd'hui est très spécial parce que c'est la première fois que je reçois une photographe professionnelle en entrevue sur mon blogue.

J'ai rencontré pour vous une jeune photographe de Québec qui est très talentueuse et créative. Elle a su se démarquer grâce à de nombreux projets personnels et ses séances photo conceptuelles.

La photographe dont je vous parle, c'est Sandra Des Trois Maisons, aussi connue sous le nom de Sandra Sunshine.

L’idée de cette entrevue m’est venue quand j’ai écrit un article invité sur Photogeek au sujet de l'importance des projets personnels. La personne qui me revenait constamment en tête pendant de la rédaction, c’était Sandra. J’ai alors voulu l’inviter en entrevue et j’ai été ravie qu’elle accepte mon invitation pour partager son cheminement avec vous!

Pssst! Voici l'entrevue en vidéo :

La naissance d'un projet conceptuel : de l'idée à l'exposition

En avril, Sandra a exposé son projet conceptuel intitulé Glitter Body Projet (voir la photo en début d'article). Le résultat est absolument grandiose. Je l'ai interrogé à savoir comment lui était venue l'idée d'un projet d'une telle originalité.

«En fait, dit-elle, ce projet personnel découle d'une autre séance conceptuelle que j'avais déjà faite dans le passé : la séance paillettes. L'idée de cette séance conceptuelle était d'intégrer des paillettes dans les cheveux, au niveau du maquillage, dans les vêtements. Dans mon enthousiasme, j'ai acheté trop de paillettes! Alors je me suis demandé, simplement, comment je pourrais utiliser ces paillettes que j'avais achetées en trop.»

«Puis, soudainement m'est venue l'idée de faire du body painting avec des paillettes. J'ai donc fait une petite annonce sur Facebook pour trouver des volontaires. J'avais besoin de femmes à l'aise avec leur corps, puisque la séance impliquait de la nudité. Une nudité couverte de paillettes, mais où on devinait clairement les formes du corps tout de même. Un bon nombre de femmes ont répondu à mon annonce. J'ai eu des personnes de tous âges, toutes formes et c'était vraiment intéressant.»

Comment organiser sa propre exposition rapidement, avec peu de moyens

À force de faire des photos dans le cadre de son projet, Sandra voyait le potentiel de ses photos. Comme la durée de vie sur les réseaux sociaux est courte, elle s'est dit que les images étaient trop belles pour n'avoir qu'une vie éphémère. D'autant plus que de nos jours, les photos sont souvent condamnées à ne rester que sur un écran d'ordinateur. Elle souhaitait afficher la beauté et la confiance de ces femmes pour leur rendre hommage. Je lui ai alors demandé comment elle avait organisé sa propre exposition.

Première étape : trouver le lieu

«J'ai commencé par chercher un endroit pour exposer mes oeuvres. Ce n'était pas évident, parce que les lieux d'exposition sont souvent réservés plusieurs mois à l'avance, alors que ma décision d'exposer était arrivée d'un seul coup. Je devais trouver un endroit qui pourrait recevoir un bon nombre de gens, en étant adapté pour afficher des oeuvres. C'est là que j'ai arrêté mon choix sur les Ateliers du Réacteur, à Québec. Le lieu peut être loué à la journée, en plus d'avoir un cachet est vraiment très intéressant.»

Deuxième étape : planifier l'accrochage, les amuses-gueule, la promotion et tout le reste

Interrogée sur ses meilleurs conseils en organisation d'un événement du genre, Sandra nous donne un truc simple, mais efficace : faire des listes!

«Personnellement, j'ai quand même certaines compétences en organisation. Je suis aussi une perfectionniste alors j'ai tendance à vraiment penser à tout. J'ai eu la chance d'avoir de l'aide de ma famille et de mon conjoint. J'ai aussi fait beaucoup de listes, pour m'assurer de ne rien oublier! En plus, c'est tellement satisfaisant de cocher ou barrer les tâches de la liste une fois accomplies!»

Troisième étape : attirer un public

Pour Sandra, l'élément le plus stressant était de savoir si son exposition allait attirer un public. Elle en a fait la promotion sur les réseaux sociaux à l'aide d'un événement Facebook, mais demeurait incertaine quant à la quantité de gens qui se déplaceraient.

« Ce qui m'inquiétait le plus, c'était de savoir s'il y aurait des gens. Sur les événements Facebook, les gens disent qu'ils sont intéressés ou qu'ils viennent,  mais finalement, personne ne se déplace. Heureusement, ça s'est très bien passé!  J'ai eu entre 60 et 70 personnes pendant la soirée. Il y avait des gens que je ne connaissais pas, il y avait aussi des clients. Ce n'était pas que la famille et les amis alors je suis vraiment satisfaite! Ce fut vraiment une belle réussite pour moi, d'autant plus que j'ai vendu la moitié de mes oeuvres! »

Trouver l'inspiration pour ses projets personnels et séances conceptuelles

En date d'écriture de cet article, Sandra compte déjà une quinzaine de projets conceptuels à son actif. Je l'ai donc interrogé à savoir comment elle trouvait toutes ses idées. Voici ce qu'elle m'a raconté:

«Tout a commencé avec l'émission America's Next Top Model. Le but de l'émission est de créer une nouvelle modèle américaine. À chaque émission, il y avait une séance photo thématique. Comme j'aime les belles coiffures, le maquillage et les vêtements, ça m'attirait beaucoup.»

«Au début, je reprenais les idées qu'il y avait dans cette émission-là. Inspirée d'une séance faite dans l'émission, une de mes premières séances conceptuelles était sur les 7 péchés.»

«Pour trouver mes collaborateurs, j'écrivais un petit mot sur Facebook et je demandais à mes amis si quelqu'un était disponible pour la coiffure, le maquillage, le modeling, ou simplement pour prêter des vêtements ou accessoires en lien avec le thème. Ce n'était pas encore très professionnel, je n'avais pas encore suivi mon cours en photographie quand j'ai commencé. De fil en aiguille, ça s'est rodé. J'ai fait mon cours et les photos étaient de meilleure qualité. Éventuellement, les gens étaient prêts à payer pour vivre cette expérience et avoir des photos qui sortent de l'ordinaire!»

Maximiser son temps pour faire plus de projets personnels : organisation, accessoires et décors

Pour arriver à faire autant de séances conceptuelles, Sandra nous dit que le secret est dans la préparation. Comme elle fait toutes les prises de vue en un week-end, tout doit être planifié à l'avance. Je lui ai donc demandé quel était son processus créatif.

« Officiellement, je fais une séance conceptuelle tous les deux mois. Seulement pour la préparation, il me faut parfois plus d'un mois pour trouver tous les accessoires dont j'ai besoin. Je crée aussi des vêtements, des bijoux ou des accessoires. J'invite parfois des designers et artisans québécois à prêter de leurs créations en échange de la visibilité. J'utilise aussi beaucoup d'éléments de seconde main. Ainsi, c'est plus économique, tout en évitant la surconsommation. Les magasins comme Emmaüs ou le Village des Valeurs sont de bons endroits où trouver des accessoires originaux pour un univers donné.»

Je lui ai demandé comment elle choisissait ses accessoires et comment elle faisait sa recherche. Elle m'a alors parlé de Pinterest. Pour chaque séance, elle prépare un tableau d'inspiration, non seulement pour les décors, mais également les poses, maquillages et coiffures. Elle m'a expliqué que ces tableaux servaient non seulement à l'inspirer, mais aussi à aider ses modèles moins expérimentés à se préparer pour leur séance.

L'art de transformer une séance photo en expérience mémorable : l'importance du travail d'équipe

Le secret d'une séance réussie, selon Sandra, c'est une collaboration à toute épreuve entre tous les intervenants d'un même projet. Quand je lui ai demandé à quoi ressemblait le déroulement typique d'une de ses séances conceptuelles, voici ce qu'elle m'a répondu : «Les séances sont ouvertes à tous. Alors j'ai des modèles expérimentés et moins expérimentés. J'ai même des clientes qui participent à presque toutes les séances! J'en suis à me demander si je devrais faire une carte fidélité!»

«Lorsque les filles arrivent pour leur séance, elles ont une heure de préparation avec la maquilleuse et la coiffeuse. On en profite au même moment pour choisir comment elles intégreront le concept, selon les vêtements qu'elles ont. Il y a beaucoup de place à l'interprétation. À partir des vêtements ou des accessoires qu'elles vont apporter, on va ajouter des choses que j'ai et on va construire le tout avec la coiffeuse et la maquilleuse.»

«Ce sont vraiment de belles journées. Tout le monde est content. Les filles (et parfois les gars) qui participent sont vraiment dorlotées comme des vedettes et sortent de la séance avec un boost de confiance en eux!»

Comment trouver les bons collaborateurs pour vos projets conceptuels

Sandra a débuté avec des amis, pour le plaisir. Maintenant que les séances ont pris beaucoup d'ampleur, elle travaille désormais avec d'autres professionnels. Je l'ai donc interrogé pour connaître sa façon de recruter des collaborateurs.

« En fait, je pense qu'être photographe c'est beaucoup un métier de contacts. Donc, beaucoup se fait par le bouche-à-oreille. Les gens parlent de leur expérience, alors cela amène de nouveaux clients...et de nouveaux collaborateurs aussi! Je connais beaucoup de photographes, de maquilleuses et de coiffeuses. Quand tu es dans le domaine, il ne faut pas avoir peur d'être ami avec les autres, de s'entraider, je pense que c'est important. Après cela, quand on cherche quelque chose, c'est vraiment plus facile de trouver ce dont on a besoin.»

Dans notre discussion, j'abondais dans le même sens qu'elle. Lorsque c'est un climat d'entraide qui prédomine, les gens sont plus enclins à vous aider dans vos projets, en sachant que vous leur rendrez la pareille. Le fait de publier vos images régulièrement peut aussi attirer des collaborateurs. Bref, les séances conceptuelles sont un bon prétexte pour réseauter.

Trouver des modèles, créer une relation de confiance et retenir les clients

Depuis ses débuts, Sandra a réussi à bâtir un groupe Facebook de plus de 200 abonnés, tous intéressés à participer à ses séances photo. Comment est-elle arrivée à se résultat? La réponse risque de vous surprendre :

«Souvent, pour les idées que j'avais au niveau de la photographie, je postais sur ma page Facebook personnelle pour trouver un modèle qui correspondait à ma vision. Éventuellement, je me suis dit que ce serait préférable de créer un groupe. Ainsi, chaque fois que je chercherais quelqu'un en particulier, ou que j'aurais besoin de quelqu'un qui soit disponible une telle journée pour un projet, ça serait plus facile à gérer, plutôt que d'importuner les gens qui s'en foutent de la photo ou qui ne veulent pas être modèles. Donc, cela permet de centraliser les gens qui ont une envie d'être modèle ou de participer à des séances photo plus créatives.»

Créer des relations qui durent

Lorsque je lui ai demandé comment elle créait une relation de confiance avec ses clients pour faire en sorte qu'ils reviennent sans cesse vers elle, Sandra est restée bien modeste.

«Je crois que cela se fait naturellement. Quand tu es photographe, tu dois être à l'écoute des gens pour être en mesure de créer une image qui corresponde à leurs besoins. Si tu es une bonne personne et que tu as à coeur le bien-être de tes sujets, la confiance s'installera d'elle-même.»

«Je pars avec l'idée que chaque personne a une beauté ou est belle à sa manière et mon rôle est de travailler autour de cette beauté là, finalement. Si tu trouves que la personne est belle, la personne, lorsqu'elle verra ses photos, n'aura pas le choix de se trouver belle!»

Il faut aussi garder à l'esprit que d'être portraitiste, ce n'est pas de montrer toute la personnalité d'une personne dans une photo, mais plutôt notre interprétation artistique de celle-ci.

Comment aller chercher beaucoup de visibilité, sans se casser la tête

Lorsque je lui ai demandé comment elle faisait pour aller chercher de la visibilité, Sandra Sunshine m'a dit que l'essentiel demeure assez simple : il suffit de publier. Simple en théorie, parfois moins simple en pratique, elle a pourtant vraiment insisté sur l'importance de montrer le fruit de son travail.

«L'important, c'est de ne jamais arrêter de faire des photos. Plus tu produis, plus tu publies. J'ai eu des stagiaires de l'école où j'ai étudié et je le dis aux filles : PUBLIE! Oui, c'est beau, tu as fait la photo, elle est belle, mais montre là! Il ne faut pas avoir peur de montrer ce qu'on fait et de le publier , pour que les gens le voient et que les modèles se voient aussi. Si tu fais plein de photos, mais que tu ne publies jamais, les modèles vont se demander où sont leurs photos. Il faut que ça vaille la peine de faire tous ces efforts, et ça ne sert à rien si personne ne voit ton travail!»

Bref, pour être vu, il faut avoir quelque chose à montrer. On ne peut pas avoir de clients si ces derniers ne savent pas qu'on existe!

Gérer le stress de publication

Comme le moment de la publication peut être un moment de vulnérabilité pour les artistes, je lui ai demandé comment elle gérait sa nervosité avant de publier.

«Je pense qu'il faut avoir confiance en soi et en ce qu'on fait. Il y a toujours un petit stress d'appuyer sur le bouton publier. Tout à coup que les gens se disent  «mais qu'est-ce que c'est que ça» ou qu'ils pensent que je me suis plantée. Mais, il faut dire que la photographie c'est un art et que ça reste subjectif. Tout le monde ne peut pas aimer mon travail et c'est tout à fait normal. Il ne faut pas s'arrêter à ça. Si vous avez des idées et que vous voulez les créer, les monter, faites-le! Ne vous arrêtez pas à ce que les gens disent, parce que peut-être que votre cercle qui est plus près de vous aime moins ce que vous faites, alors qu'en dehors de ce cercle-là, il y a gens qui vont vous adorer et qui vont vouloir participer à vos projets!»

Créer un buzz autour de son travail

Suite à ses séances conceptuelles, Sandra publie toutes ses photos en même temps. L'effet d'anticipation et de surprise pour les participants est tel que la publication des photos crée à chaque fois un certain engouement. Intriguée par le phénomène, je lui ai demandé si elle y avait songé comme une stratégie marketing. Voici sa réponse :

«Pour la publication, ce n'est pas vraiment une stratégie en fait. Par contre, les séances ont toutes un concept qui ne sera fait qu'une seule fois. Donc, si les gens voient un thème qui leur plaît, c'est à ce moment-là qu'ils doivent participer. Cela permet une certaine exclusivité, un effet de rareté, en quelque sorte. Les gens ont aussi très hâte de voir leurs photos, surtout pour les séances conceptuelles. Il y a beaucoup de travail qui est fait en post-production. Il me faut parfois un mois pour terminer, à travers mes autres contrats. Je modifie les photos dans Photoshop, j'ajoute des choses, donc les gens ont très hâte de voir ce que ça va donner. Il est là, l'engouement! »

D'ailleurs, la séance qui a créé les plus belles surprises pour les modèles, c'est la séance Galaxie. Pour celle-ci, Sandra a ajouté des étoiles et des nébuleuses autour des modèles, alors que celles-ci avaient été photographiées sur un simple fond noir. Le succès de la séance a été phénoménal.

«Je publie tout en même temps parce que ces gens-là sont tous passés sous ma lentille en même temps. Alors pourquoi est-ce que je publierais la photo d'une personne une semaine avant et l'autre personne devrait attendre? C'est un peu par souci d'équité que les personnes reçoivent toutes leurs photos en même temps.» 

Comment se garder passionné à jamais

L'un des secrets pour rester passionné en photo, c'est de faire des projets qui nous passionnent et qui nous inspirent. Pour Sandra, la liste de séances conceptuelles ne s'achèvera jamais.

«J'ai des idées pour les 20 ans à venir! Si ce n'était que de moi, je ferais une séance conceptuelle à chaque deux semaines! Mais, j'ai le souci du détail alors c'est vraiment important pour moi de prendre le temps de bien construire ces idées-là. Cela me permet d'avoir un résultat final qui est à la hauteur de mes attentes et des attentes de gens aussi. Parce que oui, les gens aiment l'expérience, mais pour moi, le résultat est aussi important que l'expérience elle-même.»

«Si tu donnes ton 100%, tu ne peux pas avoir de regrets. C'est pour cela aussi que j'ai fait le saut pour travailler à temps plein en photo cette année. Avant, j'avais un deuxième emploi qui m'assurait une stabilité financière. Mais, je me suis dit que  je ne mettais pas tous mes efforts et tout mon temps à 100% dans la photographie, je ne pouvais pas récolter 100% de ce qui était possible d'avoir.»

Faire la transition vers une carrière en photo : lentement, mais sûrement!

Devenir photographe est une décision qui doit être réfléchie. Pour Sandra, la transition s'est fait lentement, en prenant soin de tenir compte de ses chiffres d'affaires et de ses besoins.

«C'est certain que c'est bien d'avoir des rêves et d'avoir confiance en soi, mais il faut penser quand même sur le long terme et à l'avenir. Je me suis appuyée sur mes chiffres d'affaires en me disant qu'à ce point, je pouvais presque en vivre. J'ai la chance d'avoir un conjoint qui me soutient dans cette aventure et qui rend le tout possible.»

«Lorsqu'on se lance à temps plein, il faut s'assurer d'avoir au moins quelques clients réguliers. Je fais beaucoup de photos pour des particuliers, ce qui est plutôt aléatoire. Par contre, j'ai des clients réguliers comme des designers comme Akroche Tatuk, Violette et  Putré-Fashion. Ces clients reviennent plusieurs fois par année et m'assurent une certaine stabilité en plus des séances conceptuelles qui reviennent chaque 2 mois.»

Bref, il est normal de ne pas pouvoir vivre de la photo dès le jour 1. Il aura fallu 4 ans à Sandra avant de faire la transition.

Conclusion

En conclusion, Sandra nous aura donné une bonne dose d'inspiration, pour nous pousser à faire plus de projets personnels et d'oser publier.

«N'ayez pas peur de suivre vos idées. Il arrive souvent que ça ne plaise pas à tout le monde, mais si ça vous plaît à vous, c'est sur que ça va plaire à d'autres. Donc, n'ayez pas peur de foncer, d'avoir confiance en vous! N'ayez pas peur non plus de demander conseil à des photographes professionnels, de demander de l'aide à d'autres professionnels de la coiffure ou du maquillage. Si vous voyez une certaine modèle dans un concept, écrivez-lui. Le pire qui va arriver c'est qu'elle vous dise non!»

Bref, j'espère que cette entrevue vous a plu! Pour voir plus du travail de Sandra, visitez sa page Facebook et son site web!

Sur cette belle dose de motivation, je vous dis à la prochaine, et bonnes photos!


à propos de moi

Trois ans après la fin de mes études en photo, je suis toujours aussi passionnée. J’ai pratiqué la photographie dans de nombreux créneaux, du portrait à l’événementiel en passant par l’immobilier, la mode, le mariage, les bals de finissants et la photographie scolaire. J’ai été publiée sur des sites d’actualité musicale, en plus de photographier pour des catalogues de vêtements, de faire vendre des maisons, de travailler dans un studio de portrait et de photographier les élèves du primaire et du secondaire dans tout le Québec. Maintenant, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre, afin que la photographie devienne accessible à tous et qu’elle vous fasse sentir aussi vivant que moi!