Pourquoi les photographes sont-ils méchants entre eux?

Pourquoi les photographes sont-ils méchants entre eux?

Pourquoi les photographes sont-ils si chers, méchants et arrogants?

Pouvez-vous croire que ce sont les questions les plus posées à Google dans la catégorie des comportements des photographes? N'est-ce pas inquiétant, même triste?

Sans vouloir généraliser, la question est légitime. Ça nous est tous déjà arrivé. On pose une question sur un forum ou un groupe Facebook, seulement pour faire face à l'indifférence, les moqueries ou les critiques abrasives.

Vous avez probablement aussi croisé des photographes réticents à partager leur savoir par peur de je ne sais quoi. Ou au contraire, vous avez eu à gérer les critiques non sollicitées de photographes un peu trop «confiants», surtout sur le web.

Quoi qu'il en soit, le milieu artistique n'est pas immunisé contre ce genre de comportement. Attention, je ne dis pas que la majorité des artistes sont de vraies matantes frustrées. En vérité, je connais énormément de photographes très généreux et positifs.

Mais aujourd'hui, on se parle du côté moins rose de notre belle passion. On va se dire les vraies affaires : il est temps que ça change. Mais avant de faire changer les comportements désagréables pour le mieux, il serait bon de faire un peu d'introspection.

Peut-être aussi que de chercher à comprendre certains agissements va amener une bonne dose d'empathie à la photographie.

Prêts? C'est parti!

Communauté vs compétition : pourquoi les photographes sont-ils compétitifs?

Je l'ai vécu, et j'en ai aussi été témoin. Certains d'entre nous, à certains moments, deviennent des loups solitaires.

Pourquoi?

Peut-être par une peur irrationnelle de se faire «voler» des clients, des idées, des techniques. Par peur d'être surpassés, oubliés. Que tous nos efforts ne servent qu'à profiter à d'autres.

Après tout, tellement de travail et de sacrifices doivent être faits pour réussir...

Élisabeth Gilbert, auteure du livre comme par magie (que vous devez absolument lire!),  parle de ce sentiment qui afflige les artistes d'une très belle façon: 

"...Les gens font régulièrement des conclusions odieuses comme celle-là. Ils se convainquent qu'ils ont été volés, alors qu'en réalité, il n'en est rien. Cet état d'esprit découle d'une malheureuse fixation sur l'idée de rareté, l'idée que la pénurie règne dans le monde et que rien n'existe en quantité suffisante pour tous".

Et c'est rempli de sens. La photographie n'est pas un jeu à somme nulle. Si un autre photographe gagne, cela ne signifie pas forcément que vous perdez quelque chose.

Alors, comment se libérer de cet état d'esprit? Comment éviter la solitude?

La clé est de simplement considérer les autres photographes comme des amis. Des gens avec qui partager votre passion. Des gens qui peuvent vous encourager, vous aider à devenir constamment meilleurs et à vous développer, autant que comprendre vos difficultés. Non seulement vous aurez beaucoup de plaisir, mais vous apprendrez ainsi beaucoup plus vite! Ce qui m'amène au prochain point...

Pourquoi les mauvais photographes croient-ils qu'ils sont bons?

Ouf. Je sais. Le titre de ce paragraphe n'augure rien de bon. Mais attendez un peu!

En fait, je veux parler d'un phénomène très fréquent qui peut être un obstacle au développement de vos habiletés.

Ce phénomène, c'est l'effet Dunning-Krueger. Pour vous l'expliquer, je vais vous raconter une petite histoire.

Le bandit le plus stupide du monde...

En 1996, un type du nom de McArthur Wheeler a décidé de se lancer dans un petit projet. Son projet? Voler deux banques.

Sachant que le jus de citron pouvait servir d'encre invisible, il s'est dit qu'il n'avait qu'à se couvrir le visage de cette potion, pour éviter d'être reconnu par les caméras de surveillance. Il serait, lui aussi, «invisible».

Sans vouloir gâcher le «punch», vous savez comme moi qu'il n'a pas fini sa quête avec un crime parfait et beaucoup d'argent... Il s'est plutôt retrouvé en prison, devenant assez vite, aux yeux de tous, le bandit le plus idiot du monde. Ouf... brutal comme leçon d'humilité!

Pourquoi sommes-nous mauvais pour juger de nos habiletés?

L'histoire de McArthur Wheeler a inspiré David Dunning, professeur de psychologie à Cornell, et Justin Krueger, un de ses élèves, pour un projet de recherche. Après plusieurs tests (vous pouvez en savoir plus ici) les résultats sont éloquents : moins vous en savez sur un sujet, plus vous surestimez vos habiletés!

C'est logique. Si vous ne connaissez pas tout ce qu'il y a à connaître, comment pouvez-vous savoir qu'il vous manque certaines notions?  À l'opposé, les plus connaissants souffrent souvent du syndrome de l'imposteur. Sachant ce qui leur manque comme habiletés, ils sous-estiment souvent leurs connaissances.

Comment éviter de tomber dans le panneau de l'effet Dunning-Krueger?

Le fait de se faire prendre au jeu de l'effet Dunning-Krueger n'est pas forcément une mauvaise chose. En fait, c'est souvent grâce à cela que nous avons ce boost de confiance qui nous encourage à entreprendre de nouvelles activités.

C'est lorsque nous tentons de progresser que cela peut être plus nuisible. Alors, comment faire pour éviter l'impasse?

La première solution se trouve dans le point précédent. Entourez-vous d'autres photographes de différentes habiletés au lieu d'évoluer en solitaire.

Puis, restez ouvert aux critiques. Je ne dis pas de prendre au sérieux tous les trolls du web qui laisseront inévitablement leur marque sur vos photos. Mais, tentez de ne pas trop vous offenser des critiques. Questionnez-vous à savoir s'il y avait ne serait-ce qu'un brin de vérité dans les commentaires. Vous serez surpris de l'évolution que vous ferez.

Enfin, ne vous attachez pas trop à vos réussites. Vous avez fait de belles photos? Super! Maintenant, essayez de faire mieux! Si vous croyez que vos photos d'il y a trois ans sont encore vos meilleures, il serait temps de passer à autre chose.

Les photographes et l'envie : pourquoi les photographes sont-ils jaloux?

On veut tous que nos amis photographes réussissent, qu'ils soient heureux... ou le veut-on vraiment?

Ça nous est tous arrivé. On voit les succès d'un ou une collègue, et on ne peut s'empêcher de sentir une pointe d'envie.

Peut-être qu'il a été publié dans un magazine. Peut-être qu'elle a eu la chance de couvrir un événement grandiose. Peut-être qu'il a eu une visibilité exceptionnelle grâce à un concours ou une exposition.

Qu'importe la raison, l'envie entre artistes est fréquente, et normale. Elle peut être saine, comme elle peut vous tourmenter...énormément.

Pourquoi être jaloux d'un ami?

La raison pourrait vous surprendre! En fait, c'est précisément parce qu'ils sont vos amis que vous êtes jaloux! Quoi? Eh oui!

La psychothérapeute Diana C. Pitaru l'explique très bien dans son article au sujet de la jalousie entre artistes. Avez-vous déjà été jaloux d'un photographe célèbre? Bien sûr que non! Pourquoi? Pensez-y. Vous savez pertinemment que ce photographe célèbre l'est pour une raison. Il a plus de talent que vous, plus d'expérience, un meilleur réseau de contacts, de meilleures opportunités, etc. Bref, il est facile de vous justifier de façon rationnelle qu'il a plus de succès.

Mais qu'en est-il de votre camarade du club de photo? Vous avez à peu près le même talent, vous avez les mêmes opportunités, vous participez aux mêmes concours. C'est donc beaucoup plus difficile de ne pas vous comparer, de vous expliquer à vous même pourquoi il gagne et pas vous.

Ce que la jalousie nous apprend, ou comment l'utiliser à bon escient

Mais alors, comment ne pas tomber dans le piège? Comment éviter de se rendre vert de jalousie?

La bonne nouvelle, c'est que l'envie peut être un signal qui vous pousse à vous dépasser! Demandez-vous sérieusement ce que vous auriez pu faire mieux, questionnez-vous à savoir ce qui vous rend inquiet. Vous apprendrez énormément sur vous même pour devenir un meilleur photographe!

Un bon photographe ne dévoile jamais ses secrets?

Dans toutes les industries, il y a des secrets. Des secrets de fabrication, de techniques, de fournisseurs. Et c'est parfaitement normal. Après tout, ces secrets sont souvent ce qui permet à une entreprise de se différencier de la compétition, et la photographie ne fait pas exception à la règle.

Chaque photographe a une approche qui lui est propre en ce qui a trait au partage de son savoir. Certaines connaissances peuvent prendre des années à acquérir. Certaines associations avec des fournisseurs peuvent être le fruit d'une recherche qui a duré parfois pendant des mois. Certaines techniques peuvent prendre une éternité à parfaire, après avoir dépensé des centaines, voir milliers de dollars en formations.

Ainsi, je comprends que certains photographes ne soient pas prêts à livrer toutes leurs connaissances à quiconque veut sur un plateau d'argent. Après tout, il faut des efforts considérables pour arriver à développer son style.

Ceci étant dit, ce n'est pas parce que je partage comment retoucher une image que ceux qui regardent copieront mon style de A à Z. Considérant que les goûts sont extrêmement subjectifs, les gens utiliseront probablement les techniques à leur façon.

Bref, à mon avis, les photographes qui ne souhaitent pas partager leurs moindres secrets sont en droit de ne pas le faire. Par contre, je crois aussi qu'il faut laisser place à un échange, un partage.

Sans tout dévoiler les moindres détails de chaque procédé, en expliquer les bases ne fera de mal à personne.

L'importance d'encourager la relève : grandir dans le respect mutuel

«Les petits nouveaux nous envahissent, font tout gratuit et volent nos jobs! »

«Tiens, voilà une nouvelle vague de faux-tographes!»

«Bon, encore des questions niaiseuses...y'a google pour ça!».

J'exagère un peu, mais j'ai entendu diverses variantes de ces affirmations de la part de photographes expérimentés un peu trop souvent. Sérieusement. J'ai même eu des messages sur ma page Facebook comme quoi le fait de bloguer et d'aider la relève était quelque chose de mauvais. Are you serious?

Je sais que certains d'entre vous ne seront pas d'accord. Mais pourquoi ne pas juste aider ceux qui posent des questions au meilleur de nos connaissances, dans le respect? Et quand je dis dans le respect, cela veut dire avec tact et gentillesse, sans moqueries déguisées ou spectacles de connaissances bourrés de termes incompréhensibles.

Pourquoi ne pas voir les questions des photographes de la relève comme une opportunité de rester humble? De se rappeler comment tout a commencé? Après tout, on a tous été débutants à un moment ou un autre. Et en passant, on est tous le débutant de quelqu'un. Sauf si on s'appelle Annie Leibovitz, mais ça, c'est une autre histoire.

Pour ma part, je m'épanouis beaucoup plus depuis que je fais de la photo avec des photographes en apprentissage. Leur émerveillement et leur créativité exempts de dogmes dépeint sur moi et m'inspire!

Ceci étant dit, je dois quand même faire mention du fait que les photographes professionnels sont très occupés. Gérer une entreprise demande temps, efforts et sacrifices.

Si vous écrivez à un photographe pour pose une question, assurez-vous d'avoir fait un minimum de recherche au préalable. Si, après vos recherches initiales, vous ne trouvez rien, n'hésitez pas à demander de l'aide. Mais, faites-le de façon concise, et remerciez la personne qui vous aidera. Elle l'appréciera énormément et sera plus encouragée de vous aider dans le futur.

Bref, le respect sera toujours le meilleur chemin à prendre, et ce, dans les deux sens!

Conclusion

Les photographes sont-ils vraiment méchants entre eux?

Peu importe ce qu'on en dit, je ne crois pas que les photographes soient foncièrement méchants et mal intentionnés.

En fait, à la vitesse où le monde de la photo évolue, il est normal de se sentir dépassé, envahi par des insécurités. Nous sommes tous découragés et vulnérables à un moment ou à un autre. Tous.

D'où l'importance, à mon sens, de s'unir au lieu de se détruire. De se rappeler que nos photos ne sont pas un indicateur de notre valeur en tant qu'humain. Qu'une critique n'a, au fond, rien de personnel.

Mais bon, c'est bien beau tout cela, mais je vous comprends de ne pas nécessairement avoir envie de tenir tout le monde par la main en chantant Kumbaya.

Alors je vais conclure en disant ceci : n'arrêtez jamais de vous amuser en photo! Créez! Soyez fiers!

Être un artiste sera toujours merveilleux!

Et vous, qu'en pensez-vous? Les photographes sont-ils méchants entre eux? Laissez-moi vos impressions en commentaires!


à propos de moi

Trois ans après la fin de mes études en photo, je suis toujours aussi passionnée. J’ai pratiqué la photographie dans de nombreux créneaux, du portrait à l’événementiel en passant par l’immobilier, la mode, le mariage, les bals de finissants et la photographie scolaire. J’ai été publiée sur des sites d’actualité musicale, en plus de photographier pour des catalogues de vêtements, de faire vendre des maisons, de travailler dans un studio de portrait et de photographier les élèves du primaire et du secondaire dans tout le Québec. Maintenant, je souhaite partager ma passion avec le plus grand nombre, afin que la photographie devienne accessible à tous et qu’elle vous fasse sentir aussi vivant que moi!